Marche Verte Maroc : retour sur l’événement historique du 6 novembre 1975

Temps de lecture : 6 minutes

La Marche Verte Maroc, lancée le 6 novembre 1975, est restée dans la mémoire collective comme l’un des événements fondateurs de l’histoire moderne du royaume du Maroc. Ce jour-là, sur l’appel du roi Hassan II, près de 350 000 Marocains ont bravé le désert pacifiquement pour traverser les frontières du Sahara occidental, alors sous administration coloniale espagnole. Armés chacun d’un Coran et du drapeau national, ils ont formé une véritable « mer humaine » afin de revendiquer la souveraineté marocaine sur les provinces du Sud. Ce mouvement populaire et pacifique a conduit à la renégociation du statut du Sahara espagnol concrétisée par les Accords de Madrid et à la réintégration de ces territoires au Maroc. Dans cet article, nous retraçons le contexte historique du Sahara marocain, le déroulement de la Marche Verte et ses conséquences (accords de Madrid, réintégration), avant d’aborder son héritage, sa commémoration, et son impact actuel sur le tourisme et la culture dans les régions sahariennes du Maroc. Vous êtes prêts pour un petit voyage dans le temps ? 😊

Contexte historique du Sahara marocain

Au milieu du 19 siècle (vers 1860), l’Espagne coloniale avait établi son administration sur le Sahara occidental, région qui était partie intégrante du territoire historique du Maroc. Au début des années 1970, le Maroc multipliait les revendications sur ces provinces du Sud, s’appuyant sur des liens historiques reconnus entre les tribus sahraouies et la monarchie chérifienne. En 1975, cette légitimité a été confirmée par un avis consultatif de la Cour internationale de Justice (CIJ) qui reconnaissait l’existence de liens historiques entre le Royaume du Maroc et le Sahara. Dans le même temps, l’Espagne envisageait d’organiser un référendum d’autodétermination au Sahara occidental, tandis que Rabat, soutenue par les Nations Unies, cherchait une issue pacifique pour récupérer ces terres historiquement marocaines. C’est dans ce contexte tendu que la Marche Verte du Maroc est lancée le 6 novembre 1975, comme une mobilisation populaire, pacifique et symbolique visant à revendiquer la souveraineté marocaine sur ces territoires. Et ce contexte explique aussi l’ampleur de la mobilisation qui allait suivre.

Marche Verte Maroc - Carte du Sahara Occidental et revendications marocaines

1975 : l’appel du Roi du Maroc et la préparation de la Marche Verte

En octobre 1975, le roi du Maroc Hassan II donna le signal du soulèvement populaire en appelant à une « croisade religieuse et pacifique » pour reprendre le Sahara occidental. Dans un discours historique prononcé le 15 octobre 1975 à Marrakech, il annonça qu’une grande marche pacifique traverserait le désert saharien afin de réclamer la souveraineté marocaine sur ce territoire. L’État lança alors une logistique colossale : trains, avions et navires furent mobilisés pour acheminer vivres et matériel afin de soutenir les marcheurs. Quelque 350 000 volontaires répondirent à l’appel, répartis en camps géants, notamment près de Tarfaya, et entraînés pour la longue traversée. Chacun d’entre eux portait avec fierté le Coran dans une main et le drapeau national dans l’autre. Les préparatifs diplomatiques allaient bon train, notamment après l’avis favorable de la CIJ du 16 octobre 1975 renforçant la légitimité de cette initiative, qui allait devenir la Marche Verte du Maroc lancée le 6 novembre 1975. L’engouement populaire et la détermination du peuple marocain illustraient la cohésion du royaume autour de cette cause nationale. Cet engouement et cet attachement au Sahara sont encore palpables aujourd’hui.

Roi du Maroc Hassan II et l'appel a la Marche Verte

Le 6 novembre 1975 : déroulement de la Marche Verte

Dès l’aube du 6 novembre 1975, les 350 000 volontaires marocains engagés dans la Marche Verte Maroc commencèrent à marcher en ordre et pacifiquement vers le Sahara occidental. Ils formèrent une véritable « marée humaine » : torse nu ou couvert de burnous (manteau en laine avec capuchon pointu, typique du Maghreb), chacun élevait le Coran et le drapeau marocain, scandant des formules patriotiques et des prières, beaucoup lançant spontanément « Allahu Akbar » (Dieu est grand). Le cortège, empreint de ferveur religieuse et nationale, avança depuis la commune de Tah et la ville de Tarfaya jusqu’aux avant-postes espagnols installés en territoire saharien. Cette marche se déroula sans effusion de sang ni affrontement : après seulement trois jours symboliques de progression, le roi du Maroc Hassan II ordonna aux volontaires de s’arrêter aux portes du territoire saharien pour éviter toute confrontation armée. Ce geste montra la discipline et le caractère strictement pacifique de l’opération, comme l’ont souligné les historiens. Malgré l’immensité du désert, le succès de l’événement résida dans sa portée symbolique et populaire : le Maroc venait de démontrer sa détermination à récupérer le Sahara par la seule force de sa mobilisation nationale.

Les participants portant des drapeaux marocains lors de la Marche Verte en 1975
Héritage et commémoration de la Marche Verte au Maroc

Accords de Madrid et réintégration des provinces du Sud

La démonstration de force pacifique de la Marche Verte du Maroc atteignit rapidement son but : confronté à ce mouvement populaire, le gouvernement espagnol choisit de négocier. Le 14 novembre 1975, un accord fut signé à Madrid réunissant l’Espagne, le Maroc et la Mauritanie. Cet accord prévoyait le retrait de l’Espagne du Sahara occidental, en cédant symboliquement deux tiers du territoire au Maroc et un tiers à la Mauritanie. Dès le début de l’année 1976, le drapeau marocain commença à flotter dans les principales villes sahariennes, notamment le 28 février 1976 à Laâyoune, capitale administrative du Sud, symbole de la réintégration définitive des provinces du Sud au sein du Royaume. Cet accord mit fin à l’occupation coloniale espagnole et entérina la souveraineté marocaine sur ces provinces, bien que le conflit ait perduré avec le Polisario (mouvement politique et armé indépendantiste du Sahara occidental, créé en 1973 pour lutter contre l’occupation espagnole, soutenu par l’Algérie qui revendique le contrôle du Sahara occidental depuis 1976). Néanmoins, sur le plan diplomatique et historique, la Marche Verte du Maroc et les Accords de Madrid ont permis au Maroc de renforcer officiellement l’unité nationale autour de ces territoires autrefois disputés.

Marche Verte Maroc - Les Accords de Madrid

Héritage historique et commémoration de la Marche Verte Maroc

Depuis 1975, la Marche Verte Maroc reste un épisode fondateur de l’identité nationale marocaine. Le 6 novembre est devenu un jour de fête nationale, symbolisant l’unité du pays et la « marocanité » du Sahara. Chaque année, des cérémonies publiques et des défilés sont organisés dans toutes les villes : des anciens témoins racontent aux nouvelles générations comment ce grand mouvement s’est déroulé de manière pacifique et patriotique. Partout on brandit le Coran et le drapeau, rappelant l’esprit de l’événement. Le gouvernement a également soutenu la mémoire de la Marche Verte du Maroc en prévoyant la création d’un musée dédié dans la région de Laâyoune.

 Pour vous plonger à distance dans l’atmosphère de cet événement historique, je vous recommande la lecture du roman « Nos parents nous blessent avant de mourir » (de My Seddik Rabbaj). Dans ce livre, l’héroïne Habiba, contrainte de fuir son foyer, se retrouve à Safi lors de la grande Marche Verte et y participe spontanément au nom d’un patriotisme diffus. Cette partie du roman, où le personnage épouse l’enthousiasme collectif, illustre la dimension populaire et émotionnelle de la marche. Ainsi, ce roman moderne, même s’il traite avant tout de la condition des femmes marocaines, rend hommage à cette période : il permet au lecteur de « revivre » la glorieuse Marche Verte dans le contexte intime d’une histoire de vie, soulignant la solidarité nationale qui l’a portée.

roman Nos parents nous blessent avant de mourir de My Seddik Rabba

Développement touristique dans les provinces du Sud après la Marche Verte Maroc

Au-delà de sa portée politique, la Marche Verte du Maroc a contribué à ouvrir les provinces du Sud à la modernité : ces dernières années, le tourisme dans le Sahara marocain s’est considérablement développé. Selon le ministère du Tourisme, près de 197 000 visiteurs ont été accueillis en 2024 dans le Sahara marocain, soit une hausse de +53 % par rapport à 2019. Ce boom touristique profite notamment aux activités de sports nautiques (kite-surf, surf) sur l’océan Atlantique et au tourisme désertique (randonnées en dromadaire, bivouacs dans les dunes), largement soutenu par des programmes gouvernementaux (2023-2026) de valorisation thématique. Les circuits culturels autour des ksour, des kasbahs et des festivités traditionnelles (moussems du Sahara) attirent également de nombreux visiteurs, tout comme la cuisine locale et l’artisanat sahraoui. L’ouverture de nouvelles liaisons aériennes (par exemple entre Dakhla et Madrid ou Paris) a encore facilité l’accès à ces régions reculées. Résultat : la région du Sud est désormais perçue comme une destination émergente, où plages sauvages et patrimoine saharien se conjuguent. Si vous souhaitez découvrir cette région hors du commun, nous vous recommandons les services de Leslie, « les Petites Jambes », conseillère voyage indépendante et amoureuse du Maroc, qui saura vous organiser un voyage loin des circuits touristiques classiques !

Dakhla et l'essor du tourisme saharien

Itinéraires et sites incontournables liés à la Marche Verte

Pour les voyageurs souhaitant suivre les traces de la Marche Verte, plusieurs étapes clés dans le Sud marocain rappellent cette épopée historique. Parmi ces sites incontournables :

  • Tah : point de départ historique de la marche. Ce village sert de mémoire vivante de l’événement. Un projet de musée éducatif de la Marche Verte y est prévu pour transmettre cette mémoire populaire.
  • Tarfaya : ancienne garnison espagnole sur la côte. On peut y visiter la forteresse Casa del Mar restaurée et le musée Antoine de Saint-Exupéry, consacré au célèbre aviateur passé par cette escale. Ces lieux, très fréquentés aujourd’hui, rappellent le passé colonial de la région.
  • Laâyoune : capitale administrative du Sud marocain et plus grande ville de la région. C’est surtout là que le drapeau marocain a été hissé en 1976 marquant la réintégration officielle des provinces du Sud au Royaume. Laâyoune offre un front de mer animé et de jolies dunes dans lesquelles faire du quad ou du dromadaire. La ville accueille également des centres culturels (bibliothèque Mohammed VI, médiathèque) et chaque année des cérémonies commémoratives du 6 novembre.
  • La lagune de Naila (parc national de Khenifiss) et ses 300 km de côtes offrent un cadre naturel exceptionnel alliant désert et océan. Un des plus beaux endroits du Maroc selon nous !
  • Tan-Tan : située au nord du Sahara occidental, Tan-Tan marque l’entrée dans le grand désert. Elle est célèbre pour son Moussem national du Sahara, un grand festival annuel qui valorise la culture sahraouie (musique, artisanat, courses de chamelles). 
  • Dakhla : station balnéaire prisée pour le kitesurf et la pêche sportive. Longtemps isolée, Dakhla et sa lagune ont connu une rapide urbanisation (sa population a quintuplé) et compte désormais de nombreux hôtels.
Parc national de Khenifiss
plages de reve au Maroc

La Marche Verte Maroc du 6 novembre 1975 demeure une page incontournable de l’histoire marocaine, symbole d’un engagement national pacifique et d’une solidarité populaire. Sa commémoration invite à saisir comment des récits collectifs, des pratiques culturelles et des paysages façonnent l’identité d’un pays. Voyager en suivant les traces de la Marche Verte permet d’approcher une histoire vivante et de rencontrer des communautés dont l’hospitalité et les savoirs témoignent d’un patrimoine encore bien présent. Pour approfondir votre connaissance de la culture amazigh des provinces du Sud du Maroc, nous vous conseillons la lecture de notre article dédié aux bijoux berbères.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *